Le temps d'une éclipse
Dans l'obscurité on pouvait deviner le va et vient des vagues, le bruit du feu s'accordait avec le grondement de la mer. La côte, découpée de part et d'autre par des collines plongeantes, s'effaçait dans la fumée du bois humide brulant.
Et la lune s'est éclipsée, elle a mis du temps, paisiblement, tranquillement, lentement.
Et mes origines se sont éclipsées, elles ont pris leur temps, subrepticement, innocemment, lentement.
Je n'étais plus nulle part et partout à la fois, je ne parlais pas mais je tenais 3 ou 4 conversations, je ne riais pas et pourtant on pouvait entendre mes éclats de rire de loin, je ne regardais personne et pourtant je voyais tout le monde, je n'entendais rien, j'écoutais tout.
J'étais ce que les autres étaient, paisible heureux inquiet positif tranquille excité posé rêveur passif dubitatif fatigué et que sais-je encore.
Je n'avais plus d'âge, ma baladant de mon enfance à un âge que je n'ai toujours pas atteint.
Et la lune est revenue petit à petit, et je suis revenu, trop rapidement à mon gout.
Mais c'était juste bien. C'était nulle part. C'était partout. Et j'oublierai.

